Grève générale en Grèce : cortèges et crisanthropes

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Première grève générale de cette rentrée 2015 et … premier article commun sur Crisanthrope :-)

Un aperçu de ce que sera Crisanthrope dès son démarrage si la campagne de crowdfunding est un succès.

"Grèce je t'aime, je ne te vendrai jamais"

Rues d’Athènes, un moment désertées de leur circulation habituelle, pour ainsi céder la place aux manifestants de la dite… grande journée de mobilisation du 12 novembre. Syndicats mainstream et cortèges séparés, amertume d’en bas passablement éminente, et il y avait comme de la parodie dans l’air du temps sous le gouvernement SYRIZA/ANEL et sous leur mémorandum III. En plus de la fumée des feux déclenchés en fin de journée lorsque les déjà habituels dits “casseurs”, ont se sont résolus à en découdre avec les unités MAT (CRS), lesquels visiblement auraient parfois autant envie d’en… découdre avec les manifestants. Surréalismes… et certainement Crisanthrope.

Un policier anti-émeute en attente

Au fil des mois et des années de crise en Grèce, six années bientôt… et trop pleines, pour un pays autant vidé de ses énergies déjà, rendre compte des événements au quotidien en qualité de… témoins participants, oblige à ne pas faire usage de pincettes, à ne plus argumenter pour ainsi plaire au lectorat francophone, certes sincèrement politiquement et socialement engagé, à ne jamais limiter son sens critique, notre sens critique.

Après soixante-cinq mois d’innombrables faits et gestes douloureux, comme parfois humainement encourageants, après tant de luttes (plus de dix mille manifestations en Grèce depuis 2010), et suite surtout à l’apocalyptique gestion de la crise et de ses résistances par… l’avènement SYRIZA désormais controversé en dépit des apparences du calendrier politique électoralement évident, rien ne sera plus jamais comme avant.

Surtout, rien ne peut plus être observé et ainsi relaté sans se référer à une dimension de crise humaine (d’où le projet Crisanthrope), où la remise en cause devrait désormais s’opérer si possible à la juste hauteur des enjeux et des mutations: une transformation forcée du modèle social et politique d’un pays comme la Grèce ; et le cas grec n’est qu’un exemple… avancé d’une situation bien plus large.

Cortège 'PAME' en route pour Syntagma, devant la banque de Grèce

C’est alors sous cet angle, que les faits et gestes… athéniens de la journée du 12 novembre doivent être relatés et si possible analysés et non pas autrement.

Voilà donc six ans que les journées d’action se succèdent et s’entrecoupent, journées d’action souvent que de nom, ou sinon plus rarement, s’agissant de grands mouvement d’envergure et suffisamment d’en bas, celui dit des places et des Indignés de 2011 en fut la principale illustration. Car à présent en Grèce, on sait !

Manifestants place Syntagma

C’est alors dans cet ordre finalement (ou initialement) établi de certaines idées, que le mouvement syndical PAME, proche du PC grec (KKE), a réuni ses troupes, d’ailleurs avec moins de succès que d’habitude, toujours séparément, son cortège cependant bien vivant, a marqué les lieux durant moins de trois heures, entre la place Omónia (de la Concorde) et la place Sýntagma (de la Constitution).

Puis, vint le moment de la dislocation du cortège PAME, pour alors céder la place aux autres cortèges, d’abord celui de la Confédération Générale des Travailleurs Grecs (GSEE), historiquement critiquée (pour ne pas dire décriée), pour ses liens pas suffisamment critique avec le pouvoir politique (grec comme celui de l’UE). Nous avons ainsi observé dans les cortèges certains syndicalistes de haut rang… et de renom, et nous avons aussi entendu des commentaires venus… d’en bas:

Regardez-les, ils sont joyeux, suffisants et certainement aisés… Pauvres de nous…

Place de la Constitution toujours, entre retraités plutôt observateurs que manifestants, la suite logique dans la politique grecque est dès lors imaginée:

Alexis Tsipras a déjà rempli son rôle, bientôt alors il dégagera. Son successeur est déjà en préparation… politique trompeuse et politiciens trompeurs.

Des retraités place de la Constitution

La place Sýntagma, n’a certes pas trouvé son si grand plein des moments passés et notamment des grandes manifestations des Indignés, cependant les… méta-manifestants rescapés de ce 12 novembre avaient autant de la voix que du cœur (même brisé), sous un soleil bien présent.

Une retraitée se protège du soleil

Devant un immense drapeau grec estampillé: « Grèce je t’aime, je ne te vendrai jamais », une femme et un homme résumaient rien qu’à eux deux seulement, la détresse grecque actuelle… arrivée trop à maturité, c’est autant dire alors, combien la situation sociale et politique du pays respire tant la putréfaction.

« Lâches, menteurs, escrocs politiques. Vous nous avez trahis », tel est le message de cette femme relativement âgée, tandis que l’homme (sur la même photo), exprime ce désarroi bien trop courant chez les Grecs du moment :

Cela fait six mois que nous ne sommes pas payés pour notre travail. Nous voulons enfin voir nos salaires versés. Nous avons tant payé et nous avons tant saigné…

Certaines pensées ainsi… ayant pignon sur rue sont de la sorte inédites, l’époque s’y prête désormais.

Côté pile :

Rejoignez-nous de nouveau pour que nous devenions fort nombreux. Sans les partis nous vivrons en paix.

Côté face (photo suivante) :

PEUPLE..! NE DORT PLUS. Ils nous ont appauvri un par un. Ils détruisent nos enfants. « Démocratiquement ».

Amertume face aux politiciens

L’histoire tentera parfois à se confirmer, la Place de la Constitution résume certains jours, pratiquement toutes les réalités de la crise grecque à travers sa modélisation… anthropologique.

Ainsi, à deux pas des manifestants, deux députés et leurs proches, ont-ils franchi la barrière de sécurité forcement policière, pratiquement à la hâte car sous les regards improbateurs de la foule. On dirait que par les temps qui courent ou alors qui stagnent, telle est d’une certaine manière, la barrière anatomique de la société grecque, entre « ses » politiques et (pratiquement) tous les autres.

Des députés entrent dans l'enceinte du Parlement

Sur cette même place durant la manifestation, l’observateur attentif aurait distingué d’abord ce mendiant à même le sol au beau milieu de la foule, ensuite, ce vendeur attitré du journal des exclus : « Schedía » (« Le radeau »), voilà pour les deux situations les plus courantes quant à l’exclusion à la grecque.

Un vendeur attitré du journal des exclus

La troisième situation nous a été « offerte » sur la terrasse d’un café en marge comme aimerait le dire du cortège des communistes syndiqués de la centrale de PAME. Une adolescente issue de l’immigration, récente très probablement, a sollicité un retraité lui demandant une petite pièce. Le client (Grec) a aussitôt fait signe à la serveuse, lui précisant alors sa commande, pas trop habituelle :

Préparez s’il vous plaît un sandwich au fromage, celui à trois euros et offrez-le à la fillette. Ce sera à emporter, je vous le réglerai au même moment que mon café.

La journée s’est terminée… par un après-midi prêté aux dites « violences habituelles » entre « certains jeunes et les forces de l’ordre ». Puis le silence, ou plutôt le vacarme habituel de la circulation lorsqu’il n’y a plus rien à voir comme on aime dire parfois.

L'attente d'une petite pièce

La dite grande presse internationale aura retenu que telle fut « la première journée de grève et d’action sous le gouvernement d’Alexis Tsipras », la grande histoire des petits instants quant à elle, elle aura à redire sur la détermination désormais amère et aigrie que plus de trente mille manifestants avaient-ils fait bien preuve… en dépit des syndicats mainstream et des cortèges séparés… à jamais (?). Crisanthropes !


 


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